De la science bien faite !

Découvrez notre série bi-mensuelle sur des articles scientifiques récents et solides.

  • Clémence Brun

Le B.A.BA pour lire un article scientifique sans prise de tête

Mis à jour : mars 16



Les articles scientifiques s’imposent comme les sources de savoir les plus fiables. Seulement voilà, l’accès et la lecture de ce type d’articles peut parfois “faire peur” : on les pense longs, ennuyeux, et complexes. Mais en fait, c’est comme pour tout : pour débuter, il nous faut une recette, une méthode.


Une structure stable


Dans le monde de la publication scientifique, les articles ont leurs propres codes, règles et normes, qui leur garantissent une structure quasi-identique au travers des disciplines et des années. On retrouve (quasi) toujours la même structure de base :


1. L’abstract. C’est probablement la partie qui porte le nom le plus énigmatique. Derrière ce nom barbare se cache le segment le plus utile de l’article ! L'abstract est tout simplement le résumé de l’article. Il permet d’avoir une vision globale de celui-ci et donc de connaître les informations clés avant même de le lire. De quoi savoir si cela vaut le coup de se lancer dans la lecture de ce papier de 50 pages. L’abstract reprend en général la structure de l’article, en seulement quelque 250 mots. Une phrase résume le but de l’étude, puis la méthode suivie est exposée en deux phrases. Quelques phrases résument les trouvailles et une phrase conclut sur l’intérêt de ces découvertes pour le monde de la recherche (“Les enfants préfèrent les pâtes à tartiner au goût de noisettes. Il faut produire plus de Nutella® !”). Vous l’aurez compris : la simple lecture de l’abstract permet de connaître les grandes lignes d’un article ce qui permet d’économiser du temps et de gagner en efficacité !

2. L’introduction a, comme toujours, pour objectif de planter le décor. Rien de très original : il s’agit tout bonnement d’introduire l’étude (“de quoi cet article va-t-il nous parler ?”). On rappelle d’abord le contexte de l’étude en mettant en avant les informations capitales liées à la thématique (“la consommation moyenne de chocolat en France s'élève à 7,3 kg par an et par habitant”). Ici, on préfère des références bibliographiques issues de revues à comité de lecture (les meilleures revues scientifiques), car cela démontre le sérieux des informations et donc de la thématique abordée. Limitons, donc, les articles de “vulgarisation”, et exit le dernier numéro de Voilà pour obtenir des informations dont on peut être certain·e. Ce rappel du contexte doit permettre en fin d’introduction d’aboutir à une problématique à laquelle l’article va s’efforcer d’apporter une réponse, ou du moins un éclairage. La problématique est souvent accompagnée d’hypothèses dès ce stade. Lorsque l’introduction est claire et pertinente, la problématique semble en découler naturellement (“Le chocolat est un produit grandement consommé, notamment par les enfants. Nous constatons que lorsque des adultes voient du chocolat, cela augmente leur consommation de chocolat. Nous pensons que la même chose pourrait être observée chez les enfants, et nous nous efforcerons de le démontrer en faisant une étude sur 150 enfants”).

3. La partie Méthode (ou Méthodologie) a pour objectif de présenter le processus suivi pour répondre à la problématique (comment s’y prendra-t-on concrètement pour tester nos hypothèses et vérifier que les enfants consomment plus de chocolat lorsqu’ils en ont regardé ultérieurement ?). On décrit donc précisément le protocole de recherche suivi et les moyens techniques déployés (“Nous montrerons des photos de chocolats à la moitié des enfants et l’autre moitié regardera des photos d’objets non alimentaires. Puis nous leur proposerons de manger des chocolats”). Cette description précise assure qu’une autre personne soit en mesure de reproduire la même procédure, quand bien même elle vivrait à l’autre bout du monde. Finalement, cette partie s’apparente à une recette : avec la même procédure et les mêmes ingrédients, toute personne devrait obtenir les mêmes résultats. On renseigne divers éléments dans cette partie : les caractéristiques des participants (“enfants de moins de 10 ans”; et les raisons de l’exclusion de certains : “adultes, ou enfants de plus de 10 ans”), le protocole de l’étude (ou de la démarche s’il n’y a pas d’étude), les outils utilisés (dans notre cas, on peut préciser ici la marque des chocolats proposés) et le mode de recueil des données (les réponses sont elles-recueillies dans un fichier excel en ligne ou sur papier…). On y précise aussi les analyses que l’on compte réaliser sur les données recueillies (“Je compte calculer en moyenne le nombre de chocolats mangés”).


4. La partie suivante a pour objectif d’exposer les Résultats. Il ne s’agit pas ici d'interpréter les résultats, mais bien de les exposer objectivement. Donc on dira “Les enfants qui ont regardé des photos de chocolats ont, en moyenne, mangé 5 chocolats” et non pas “Ils ont mangé beaucoup de chocolats, donc je suis certain.e qu’ils adorent le chocolat et il va falloir acheter des Kinder Surprise® !! ”. De manière plus générale, on se contentera par exemple de dire “La moyenne A est supérieure à la moyenne B” et non pas “La moyenne A est supérieure à la moyenne B, donc le concept C a bien une influence sur A mais pas sur B”. Cette partie est en général enrichie par de nombreux indicateurs statistiques. Cependant, il n’est pas nécessaire de les lire pour comprendre cette partie : les phrases explicatives qui les accompagnent suffiront pour récapituler les résultats. Et de toute façon, les résultats importants sont présents dans l'abstract et dans la discussion, donc pas de panique ! Il est intéressant dans cette partie de proposer des graphiques ou des tableaux, afin de faciliter la compréhension. Il est cependant important de respecter la règle de l’utilité : un graphique ne doit être proposé uniquement s’il participe à aider à la compréhension des résultats. Donc pas la peine d’ajouter votre graphique sur l’évolution de la taille des enfants sous prétexte qu'ils “grandissent si vite, sûrement parce qu’ils mangent du chocolat”. Le style rédactionnel se veut ici le plus clair et concis possible, plus encore que dans les autres parties d’un article.

5. C’est uniquement dans la partie suivante, la partie Discussion, que l’on va laisser place aux interprétations (“Vu que les enfants qui ont vu des photos de chocolats ont plus consommé de chocolats que l’autre groupe, alors on peut dire que montrer du chocolat aux enfants les poussent à manger plus de chocolat que si on ne leur en montre pas. C’est sûrement dû à un biais attentionnel"). Le premier paragraphe constitue souvent un point de repère qui rappelle les informations cruciales développées durant l'introduction et qui justifient la problématique (“rappelez-vous, en France on consomme beaucoup de chocolat. Lorsque des adultes voient du chocolat, cela augmente leur consommation de chocolat. Est-ce également le cas pour les enfants ?”). Ce rappel de la problématique est suivi d’un rappel des résultats évoqués dans la partie précédente (“les enfants qui ont vu du chocolat mangeaient en moyenne 4 chocolats contre 1 chez les enfants qui avaient vu des photos d’objets non alimentaires"). L’idée de ces deux premiers paragraphes est de revenir sur les points essentiels développés par l’article jusqu’à présent, pour ensuite en donner des interprétations et tirer une conclusion claire. Il est alors important de mettre en avant ce que ces résultats apportent à la science (en quoi sont-ils révolutionnaires / complémentaires à ce qui existe déjà ? Vont-ils dans le sens des autres recherches ou à contre-courant ? Quelles sont les prochaines études à mener maintenant que l’on sait cela ?). L’article développe ensuite les principales limites rencontrées (par exemple, la méthodologie n’était pas irréprochable, le questionnaire n’était pas optimal, les participants étaient tous identiques sur une caractéristique importante, nous n’avons proposé qu’un seul type de chocolat…). Ces limites sont évoquées de manière à ce que de futurs lecteurs (et chercheurs) ne les reproduisent pas (ou mènent des études complémentaires). Enfin, la fin de l’article constitue souvent une ouverture sur d’autres recherches. Il est de coutume de relier les résultats constatés à d’autres études et de faire des spéculations quant à d’autres pistes de recherche qui pourraient être explorées dans le futur (“On constate que les adultes aiment le chocolat noir, ce qui n’est souvent pas le cas des enfants. Peut-être devrait-on dans le futur proposer des chocolats noirs aux enfants...”).


Ces cinq parties majeures sont ensuite suivies de la partie Bibliographie, qui est une liste des références citées dans l’article (et qui suivent des normes de rédaction plus ou moins strictes, en fonction des normes de la discipline). Cette partie permet aux lecteurs de retrouver aisément les articles cités. Enfin, certains articles proposent une partie Annexe (avant ou après la partie Bibliographie) où ils présentent divers documents tels que les questionnaires utilisés, des tableaux/graphiques ou encore des images. Ici vous pourriez mettre en Annexe une photo de votre protocole de recherche, ou bien la photo d’un enfant qui se jette sur un chocolat pour le dévorer.

En bref, les articles scientifiques suivent une structure stable et logique. Avec un peu d’entraînement, vous repérer entre ces différentes parties et trouver des informations fiables sera du gâteau !




Crédit photo : Rusty Shackelford sur Woken News


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